Au lever du jour, le campement perd ses murs.
Une femme retire les nattes extérieures. Une autre défait les liens qui retenaient les minces arceaux de bois. Les pièces sont triées, roulées, réunies en charges égales. Avant midi, l'habitation où la famille a dormi n'est plus qu'un ensemble de courbes, de fibres et de peaux attaché sur le dos d'un chameau.
Il ne reste presque rien au sol.
Lorsque le troupeau trouvera de nouveaux pâturages et un nouveau point d'eau, les femmes choisiront l'emplacement exact. Les mêmes arceaux seront plantés, croisés et liés. Les nattes retrouveront leur ordre. La coupole réapparaîtra.
Pour qui ne regarde que les matériaux, la maison semble avoir disparu pendant le voyage.
Pour celle qui sait la reconstruire, elle n'a jamais cessé d'exister.
Cette habitation porte en somali le nom d'aqal — ou, plus précisément lorsqu'on veut distinguer la maison pastorale, aqal Soomaali. Elle abrite une famille, ses ustensiles, ses réserves et une partie de son histoire. Pourtant, dans les descriptions de la vie nomade somalie, elle ne relève pas simplement du patrimoine commun du ménage.
La femme la construit, la démonte, la répare et en transmet les éléments.
À qui appartient donc la maison que toute la famille emporte ?
Une architecture que le plan ne précède pas
L'aqal est une coupole basse, généralement haute d'environ 1,50 à 2,13 mètres selon les formes et les matériaux disponibles. Elle ne possède ni murs verticaux surmontés d'un toit, ni charpente séparée du reste du bâtiment. Sa paroi se courbe jusqu'au sommet.
Cette continuité simplifie le montage, mais elle demande une géométrie précise.
Les éléments les plus épais, appelés qabax dans les sources techniques, donnent sa force à la structure. De plus fines baguettes, les lool, complètent la courbe et empêchent les couvertures de s'affaisser. Des poteaux verticaux, les udub, renforcent l'ensemble ; le poteau central, udub dhexaad, sert de repère majeur. Selon une description contemporaine, sept à douze poteaux peuvent soutenir l'ossature.
Les arceaux s'intersectent comme les fibres d'un grand panier retourné. Chaque croisement est lié. La solidité ne vient pas d'une pièce massive, mais du réseau formé par de nombreuses pièces légères.
Il n'existe pas nécessairement de plan posé au sol avant le chantier. Dans son étude récente, l'architecte Nasra Aden montre comment les mesures peuvent partir du corps : la phalange, la main, l'avant-bras. Si la première implantation produit une courbe insatisfaisante, les femmes déplacent les appuis et corrigent la forme. Son enquête, nourrie par les gestes et les souvenirs de sa mère, décrit une architecture qui se vérifie en se construisant.
Le dessin n'est pas absent.
Il est conservé dans la proportion des gestes.
Il faut apprendre à courber une racine
La structure ne commence pas au moment où le premier trou est creusé.
Il faut savoir quel bois chercher, à quel moment le prélever et comment lui donner sa courbe. Les travaux d'Arlene Fullerton et d'Amina Adan sur l'artisanat des femmes nomades décrivent notamment l'emploi de racines d'acacia. Les racines secondaires peuvent être dégagées sans atteindre la racine principale dont dépend l'arbre.
Le bois destiné aux grands arceaux doit réunir des qualités difficiles à concilier : être assez long et résistant pour porter la coupole, encore assez souple pour être formé. Une racine fraîche peut être fixée au sol par ses deux extrémités, courbée avec précaution puis laissée plusieurs jours dans cette position. En séchant, elle conserve l'arc qu'on lui a imposé.
Les femmes âgées détiennent souvent cette connaissance de la matière. Un homme peut aider à extraire ou couper une pièce difficile ; cela ne lui donne pas pour autant la maîtrise de l'ensemble. Savoir qu'un bois est solide n'est pas savoir quelle courbe il acceptera, où il devra se croiser avec un autre ni quelle place il occupera après plusieurs remontages.
La maison existe donc longtemps avant d'être visible.
Elle commence dans l'œil qui reconnaît une racine encore enfouie.
Les nattes ne sont pas un emballage
Une fois l'ossature dressée, elle reçoit plusieurs couches de nattes, désignées collectivement comme saari dans le rapport technique du Shelter Cluster. Elles peuvent être tressées avec des herbes, du sisal, des roseaux, des fibres d'acacia ou des feuilles de palmier selon les régions et les ressources.
Toutes n'ont pas le même travail.
Les grandes pièces protègent l'extérieur. Certaines couvertures plus épaisses servent de porte ou d'écran contre le vent. D'autres divisent l'intérieur, forment le sol, accueillent la prière, le repos ou le sommeil. Une natte décorée qui a perdu sa beauté peut encore être déplacée vers une couche extérieure où sa résistance demeure utile.
La composition sait ainsi vieillir.
Une pièce n'est pas jetée dès qu'elle ne peut plus occuper la place la plus visible. Elle change de fonction. Des bandes de vieux vêtements peuvent renforcer des fibres plus fragiles et produire les motifs colorés de la face intérieure. Des teintures issues de l'acacia donnent d'autres nuances aux panneaux plus robustes.
Le tissage demande des jours de travail. La finition de certaines grandes nattes, appelée tidic, devient même une occasion collective : de jeunes femmes se réunissent le soir pour tresser la dernière frange en chantant.
Lorsque la maison est achevée, sa décoration n'a donc pas été ajoutée à une construction conçue ailleurs.
La paroi, l'isolation, la réparation et l'image de la maison sortent des mêmes mains.
Celle qui bâtit ne travaille pas seule
Deux, trois ou quatre femmes peuvent participer au montage. L'une tient un arceau pendant qu'une autre l'attache. Une troisième apporte les couvertures et reconnaît leur ordre. Le chantier est assez rapide pour suivre la mobilité du camp, mais il ne serait pas juste de le présenter comme un geste facile.
La même personne peut avoir préparé les fibres, tressé les cordes, entretenu les nattes, cherché du bois, veillé aux jeunes enfants, puis dressé la maison après le déplacement. Les femmes s'occupent également de nombreuses tâches liées à l'eau, au feu, à la nourriture et aux petits animaux.
La formule « les femmes sont les architectes » restitue une compétence longtemps reléguée sous le mot d'artisanat domestique. Elle ne doit pas transformer cette compétence en preuve que la répartition du travail était nécessairement équitable.
Le savoir procure une autorité sur l'espace familial. Il impose aussi une lourde responsabilité quotidienne.
Nasra Aden choisit le mot d'« artisane » pour rendre visible une création que la tradition architecturale savante tend à ignorer. Son propos n'est pas de distribuer après coup des diplômes occidentaux. Il demande pourquoi un bâtiment conçu sans papier, démonté à chaque migration et fabriqué par des femmes serait moins digne du nom d'architecture qu'une maison de pierre signée par un homme.
L'aqal répond à cette question en tenant debout.
La maison entre dans le mariage
Dans plusieurs descriptions de la société pastorale somalie, une femme mariée possède son aqal et demeure responsable de son montage. L'habitation peut faire partie de ce qu'elle apporte à la formation du foyer, avec l'aide de sa mère et de ses parentes.
Il faut manier prudemment le mot « dot ». Les prestations matrimoniales somalies sont diverses, et les traductions rapprochent parfois sous ce terme des biens remis dans des directions différentes. Dire que l'aqal appartient à la femme ne signifie pas davantage que toutes les règles modernes de propriété foncière lui seraient favorables.
La distinction essentielle est plus concrète.
Le troupeau, le terrain utilisé, les obligations entre lignages et la maison ne sont pas nécessairement possédés de la même manière. Le sol du camp peut être quitté. L'abri demeure attaché à celle qui en détient les pièces et le savoir.
Une mère ne transmet donc pas seulement quelques nattes à sa fille.
Elle lui donne une capacité : celle de faire apparaître un intérieur partout où la famille devra s'arrêter.
Ce lien explique aussi pourquoi les objets de la maison — récipients, cloisons, couvertures et cordages — forment un ensemble. Ils ne sont pas un mobilier choisi après l'emménagement. Ils voyagent, se rangent et se remontent avec l'espace qui les contient.
La maison n'appartient pas seulement à la femme parce qu'elle possède ses matériaux.
Elle lui appartient parce que les autres ne sauraient pas leur rendre leur forme sans elle.
Une maison de vingt ans remontée en quelques heures
L'adjectif « temporaire » produit ici un contresens.
L'implantation de l'aqal est provisoire. Sa structure peut durer très longtemps. Le rapport *Detailed Shelter Response Profile: Somalia*, publié dans le cadre du Shelter Cluster, indique que des éléments bien choisis, traités contre les termites, liés par de la fibre de chèvre ou du cuir de chameau et correctement entretenus peuvent atteindre vingt années d'usage.
Ils ne passent pas vingt ans au même endroit.
Voilà la prouesse.
Notre manière courante d'évaluer un bâtiment confond sa durée avec celle de son implantation. Une maison sérieuse devrait rester ; une construction déplacée serait précaire. L'aqal sépare ces deux qualités. Elle peut quitter un sol sans perdre sa continuité et traverser les années en changeant plusieurs fois de coordonnées.
Chaque remontage permet d'inspecter les pièces. Un lien fatigué est remplacé. Une natte usée passe dans une couche moins noble. Un arceau endommagé ne condamne pas toute la charpente. La réparation ne demande pas de faire venir l'entreprise qui avait livré la maison : elle fait partie du savoir de l'habitante.
Ce système n'est pas indestructible. Une mauvaise sélection du bois, les termites, la rareté des fibres, des pluies intenses ou l'impossibilité d'assurer l'entretien le fragilisent. Sa petite taille ne convient pas à toutes les formes de vie. Il protège mal les biens contre le vol lorsqu'il devient un habitat fixe dans une périphérie urbaine.
Mais aucun de ces défauts n'autorise à confondre mobilité et jetable.
Le camp qui avance et le camp qui ne peut plus partir
L'aqal a été conçu pour une mobilité pastorale : se déplacer avec les animaux vers l'eau et les pâturages, puis recommencer ailleurs la vie du campement.
Le déplacement forcé contemporain n'est pas cette mobilité.
Les conflits, les sécheresses et la perte des moyens de subsistance ont conduit de nombreuses familles somaliennes vers des camps ou des quartiers informels. Elles y construisent souvent de petites coupoles appelées buul, avec ce qui peut être trouvé ou fourni : branches, morceaux de tissu, sacs, cartons, tôles et bâches plastiques.
La silhouette peut rappeler l'aqal. Les conditions ont changé.
La famille ne suit plus un troupeau dont elle organise le mouvement. Elle peut dépendre de l'accès à l'aide, louer la parcelle minuscule où son abri est installé et risquer l'expulsion. Les matériaux de récupération n'ont pas la résistance des arceaux préparés sur plusieurs jours ni celle des nattes fabriquées pour durer.
Le rapport du Shelter Cluster note que certaines bâches employées pour les abris d'urgence se détériorent sous le climat et doivent être remplacées après environ six mois. Le contraste avec une ossature d'aqal entretenue pendant des années est saisissant.
Il ne prouve pas qu'il suffirait de rendre un aqal à chaque personne déplacée. Les familles ont besoin de sécurité foncière, d'eau, d'assainissement, d'intimité et d'une protection adaptée aux risques présents. Une architecture pastorale ne résout pas une guerre ni une sécheresse.
Elle révèle toutefois ce qui se perd lorsqu'une aide ne voit dans les habitants que les destinataires d'un kit.
Le kit arrive complet, sauf le savoir
Un abri humanitaire peut être fourni avec ses barres métalliques, ses panneaux, ses ancrages et sa notice. Il possède des avantages que la maison traditionnelle n'offre pas toujours : une porte verrouillable, des matériaux standardisés, parfois davantage de surface ou une meilleure résistance à certains dangers.
Mais son intelligence a été placée ailleurs.
Le fabricant et l'ingénieur ont décidé de la forme. Les matériaux ont parcouru une chaîne logistique. L'habitant assemble ce qui a déjà été conçu. Si une pièce particulière manque ou se casse, son remplacement dépend du marché ou de l'organisation qui l'a fournie.
Dans l'aqal, la compétence demeure auprès de l'utilisatrice. Les ressources viennent du paysage, mais leur sélection n'est pas improvisée. Les dimensions s'adaptent au nombre de matériaux, au terrain et aux besoins. L'entretien appartient au même cycle que la construction.
Les spécialistes actuels de l'habitat humanitaire redécouvrent cette différence. Les approches dites « conduites par les propriétaires » donnent aux familles de l'argent ou des matériaux et leur permettent de choisir des ouvriers, d'employer des proches ou de construire elles-mêmes. Le Shelter Cluster les présente comme souvent plus rapides, moins coûteuses et plus dignes que les solutions entièrement imposées.
Le terme est récent.
Le principe ne l'est pas.
Ce que le béton ne sait pas emporter
L'enquête devait-elle opposer une bonne hutte africaine à une mauvaise maison moderne ? Ce serait remplacer un préjugé par un autre.
Une construction permanente peut offrir davantage d'espace, de sécurité, d'eau et de services. Beaucoup de familles la désirent pour des raisons très compréhensibles. La raréfaction des pâturages et des matériaux, la scolarisation des enfants, l'emploi urbain et le changement climatique transforment les choix. Toutes les Somaliennes ne construisent pas un aqal, et toutes ne souhaitent pas le faire.
La vieille maison gagne une épreuve plus précise.
Elle bat notre définition trop étroite de la permanence.
Elle montre qu'un bâtiment durable peut être démontable ; qu'une structure légère peut traverser plusieurs décennies ; qu'une femme sans titre professionnel peut détenir une géométrie, une science des matériaux et un système de maintenance ; qu'un espace temporairement invisible peut rester une maison.
Le béton gagne en immobilité. L'aqal gagne en continuité dans le mouvement.
Lorsque le climat ou le troupeau exigeaient de partir, cette seconde qualité était la plus importante.
Celle qui transporte le plan
Revenons au campement du matin.
Le chameau porte des nattes roulées. Les arceaux dépassent de chaque côté, équilibrés avec soin. Aucun mur ne voyage intact, aucune porte ne reste sur ses gonds. Celui qui croiserait la caravane sans connaître ces objets ne verrait peut-être qu'un chargement de bois et de fibres.
La maison manque à l'inventaire parce qu'on la cherche sous la mauvaise forme.
Elle est dans la courbure conservée par les racines. Dans l'ordre des nattes. Dans les liens que l'on pourra refaire. Et surtout dans la mémoire de la femme capable de regarder un sol vide et de savoir où planter le premier appui.
La famille emporte les matériaux.
C'est elle qui transporte le plan.
Repères documentaires
- Arlene Fullerton et Amina Adan, *Handicrafts of the Nomadic Women of Somalia*, Somali Academy of Sciences and Arts, édition originale 1986, réédition 1995. Étude détaillée des éléments de l'aqal, de la préparation des matériaux, des nattes, des objets domestiques et du rôle des femmes.
- Shelter Cluster Somalia / CRAterre, *Detailed Shelter Response Profile: Somalia — Local Building Cultures for Sustainable and Resilient Habitats*, 2023. Description technique de l'aqal, inventaire de l'habitat vernaculaire et comparaison avec les réponses humanitaires contemporaines.
- Nasra Aden, *The Aqal: House or Home*, mémoire de master, TU Delft, 2025. Réflexion architecturale fondée notamment sur des entretiens avec Canab Cali, ancienne constructrice d'éléments d'aqal.
- Tasoulla Hadjiyanni, « Bounded Choices: Somali Women Constructing Difference in Minnesota Housing », Journal of Interior Design, vol. 32, no 2, 2007, p. 17-27. Appui sur l'attachement de l'aqal à la femme et sur ce que le changement d'habitat transforme dans la diaspora.