À Kumasi, le dimanche commence comme ailleurs.

Les églises se remplissent. Les commerces lèvent leurs rideaux. Les voitures contournent les ronds-points de la capitale asante et les téléphones affichent tous le même mot : dimanche.

Pourtant, à intervalles réguliers, un autre dimanche se lève derrière celui du calendrier ordinaire.

Au palais de Manhyia, l'Asantehene se prépare à paraître en public. Les chefs prennent place selon un ordre qui n'est pas laissé à leur fantaisie. Les tambours royaux parlent. On vient rendre hommage au souverain. Avant cette assemblée visible, des prières et des rites ont renoué la relation avec les souverains défunts, présents à travers les sièges ancestraux consacrés.

Ce jour porte un nom : Akwasidae.

Il est bien un dimanche. Mais il ne revient pas sept jours plus tard. Il faut attendre six dimanches, soit quarante-deux jours, pour que le même rendez-vous se reproduise.

Une difficulté surgit aussitôt : le cycle auquel il appartient s'appelle adaduanan, « quarante jours ».

Comment un dimanche de quarante jours peut-il revenir tous les quarante-deux jours ? Les anciens auraient-ils mal compté ? Ou avons-nous oublié qu'un calendrier peut mesurer autre chose que la distance entre deux dates ?

Deux semaines marchent en même temps

Pour comprendre l'énigme, il faut poser deux rythmes l'un sur l'autre.

Le premier nous est familier : une semaine de sept jours. Dans les langues akan, les noms de naissance rappellent encore son importance. Un enfant né un vendredi ou un dimanche reçoit couramment un nom lié à ce jour.

Le second rythme est plus discret. Il forme une semaine traditionnelle de six jours, dont les noms et les usages sont aujourd'hui moins connus du grand public. Des travaux menés dans plusieurs régions akan — notamment chez les Kwawu, les Bono et les Asante — en ont documenté des variantes.

Imaginez non pas un calendrier de papier, mais deux roues invisibles.

La première porte six positions. La seconde en porte sept. Chaque matin, elles avancent ensemble d'un cran. Au bout de six jours, la petite roue a fait un tour, mais la grande n'est pas revenue à son point de départ. Au bout de sept jours, la grande a achevé le sien, mais la petite s'est décalée.

Elles ne retrouvent exactement la même combinaison qu'après quarante-deux jours.

Six fois sept.

L'Akwasidae apparaît lorsque la position rituelle attendue du cycle de six jours rencontre le dimanche de la semaine de sept jours. Un dimanche ordinaire revient donc chaque semaine ; ce dimanche-là revient toutes les six semaines.

Le calcul est simple. Ce qu'il commande ne l'est pas.

Les « mauvais jours » ne sont pas de mauvais jours

Dans l'adaduanan, certaines rencontres des deux semaines produisent des jours appelés dabɔne.

La traduction littérale, « mauvais jours », invite au contresens. Il ne s'agit pas nécessairement de journées néfastes durant lesquelles chacun devrait redouter un accident. Ce sont surtout des jours séparés du temps ordinaire, placés sous des interdits et réservés à des obligations collectives ou rituelles.

Les descriptions ne sont pas identiques dans toutes les sociétés akan. Chez les Asante, quatre repères sacrés structurent classiquement le cycle : Fɔdwo, Awukudae, Fofie et Akwasidae. Deux d'entre eux, l'Awukudae du mercredi et l'Akwasidae du dimanche, sont des jours Adae consacrés à la royauté et aux ancêtres.

Un agriculteur ne voyait donc pas seulement arriver « mercredi » ou « dimanche ». La combinaison complète du jour pouvait lui dire si la terre devait être laissée tranquille, si des travaux communautaires étaient attendus, si un rite de purification approchait ou si le chef allait se tourner vers ceux qui l'avaient précédé.

Le calendrier ne décrivait pas le temps.

Il lui donnait une conduite.

Pourquoi quarante si les roues en comptent quarante-deux ?

Le mot adaduanan assemble da, le jour, et aduanan, quarante. Les chercheurs le traduisent donc sans hésitation par « quarante jours ». Mais les mêmes études constatent que l'emboîtement des semaines de six et de sept jours produit quarante-deux combinaisons.

La contradiction est ancienne et elle ne possède pas une solution unique acceptée partout.

Une première explication tient à la manière de compter les bornes. Les jours rituels qui ferment une période peuvent aussi ouvrir la suivante. Selon que l'on inclut, partage ou double ces jours de seuil, la durée vécue et la distance arithmétique ne portent pas le même nombre. D'autres descriptions parlent d'un cycle de quarante jours étendu jusqu'au mercredi ou au dimanche rituellement approprié. Dans les publications, on rencontre ainsi « quarante », « quarante-deux » et parfois « quarante à quarante-deux jours ».

Il serait tentant de désigner une version correcte et de reléguer les autres au rang d'approximations. Cela reviendrait à demander au calendrier akan de répondre à une question qu'il ne se posait pas exactement de cette façon.

Entre deux Akwasidae, notre calcul moderne trouve quarante-deux jours. Dans la parole traditionnelle, la période demeure l'adaduanan, le « quarante jours ». Son nom ne sert pas seulement à compter des nuits : il désigne une unité rituelle complète.

Le quarante et le quarante-deux ne sont donc pas deux horloges qui se contredisent. L'un nomme le mois ancestral ; l'autre mesure l'intervalle entre deux retours identiques.

Le siège n'est plus un meuble

Pourquoi fallait-il retrouver cette combinaison avec tant de précision ?

Parce que l'Akwasidae ne célébrait pas un souvenir abstrait.

Dans la pensée politique et religieuse asante, le chef ne règne jamais seul. Derrière lui se tient une lignée de prédécesseurs dont la présence continue de peser sur la communauté. Après la mort d'un souverain ou d'un chef reconnu comme digne, son siège peut être consacré et noirci au cours de rites particuliers. Conservé dans la maison des sièges, il devient le lieu où sa personne ancestrale peut être invoquée.

Il faut ici éviter deux erreurs.

La première serait de confondre ces sièges ancestraux avec le célèbre Siège d'or, le Sika Dwa Kofi, qui incarne la nation asante et n'est pas un siège funéraire parmi les autres. La seconde serait de réduire les sièges noircis à des archives en bois, simples portraits de rois disparus.

Ils conservent bien une histoire. Leur succession forme une généalogie du pouvoir. Mais, pendant l'Adae, ils ne sont pas traités comme des objets chargés de symboles à destination des visiteurs. Des prières, des libations et des offrandes leur sont adressées parce que les ancêtres sont appelés à entendre, à protéger, à conseiller ou à retirer leur faveur.

La porte de la maison des sièges ne s'ouvre donc pas comme celle d'un musée.

L'accès est réglé. Une partie du rite demeure soustraite aux regards. Ce qui est public à l'extérieur du palais repose sur une rencontre qui ne l'est pas entièrement.

Ce jour-là, le roi ne doit pas entendre la mort

Les premières descriptions ethnographiques de l'Adae rapportent une règle saisissante : aucun rite funéraire ne devait être organisé ce jour-là et aucune nouvelle de décès ne devait atteindre les oreilles du roi.

Imaginons un messager arrivant au palais avec une mauvaise nouvelle. Le mort existe. Sa famille pleure déjà. Pourtant, devant le jour sacré, la parole doit attendre.

Pourquoi taire une mort précisément lorsque l'on honore les morts ?

Parce que tous les morts n'occupent pas la même position dans le temps du rite.

L'Akwasidae n'est pas une journée funèbre tournée vers la perte récente. C'est le moment où les ancêtres établis sont reçus comme une puissance de continuité. Une mort nouvelle ouvre une rupture, appelle des pleurs, des devoirs et un passage encore inachevé. L'introduire dans l'oreille du souverain brouillerait le travail du jour : renouveler l'ordre avec ceux qui ont déjà franchi le seuil et pris place parmi les prédécesseurs.

L'interdit ne nie pas le décès. Il lui refuse quelques heures la capacité d'occuper la maison royale.

Le lendemain, le message pourra reprendre sa route.

La cour montre ce que la porte a préparé

Pour beaucoup de visiteurs, l'Akwasidae est d'abord une grande scène publique.

L'Asantehene siège sous une vaste ombrelle. Les tissus kente, les bijoux, les porte-parole, les chefs et les ensembles de tambours donnent à l'assemblée une puissance visuelle exceptionnelle. Les sujets viennent saluer le souverain ; des dignitaires étrangers peuvent être reçus ; les gestes et les places rappellent la composition historique de l'État asante.

Cette visibilité est réelle. Elle ne raconte pourtant que la moitié du jour.

Des rites de purification et des prières précèdent l'apparition publique. Les ancêtres, souvent désignés comme les Nananom Nsamanfoɔ, ne sont pas convoqués pour servir de décor au pouvoir des vivants. Le roi se présente à la cour après s'être lui-même replacé dans la chaîne dont il n'est que le détenteur actuel.

Une étude ethnographique conduite à Manhyia entre 2022 et 2023 insiste sur cette articulation. Les Asante vivent sans difficulté dans le calendrier contemporain pour le travail, l'école ou les rendez-vous. Mais leur vie religieuse et culturelle continue d'être réglée par le calendrier Adae. Les prières ne commémorent pas seulement le passé : elles le rendent présent afin de juger le présent et d'ouvrir l'avenir.

Ce n'est donc pas un spectacle survivant à son monde.

C'est un monde qui se remet à l'heure.

Le palais publie aujourd'hui les dates sur Internet

Le plus beau piège de cette histoire serait de croire que ces quarante-deux jours appartiennent aux seuls ethnologues du siècle dernier.

Le palais de Manhyia publie désormais son calendrier d'événements en ligne. Les dates d'Awukudae et d'Akwasidae peuvent apparaître sur l'écran d'un téléphone, à côté des horaires de travail et des rappels numériques. Les organisateurs utilisent les outils du présent ; des visiteurs venus de la diaspora réservent un voyage ; des photographies de la cour circulent aussitôt sur les réseaux.

Mais le téléphone n'a pas choisi le jour.

Il affiche une date produite par la rencontre des deux anciennes semaines. L'application sait envoyer une notification ; elle ne possède aucune autorité pour déplacer le rendez-vous au samedi suivant parce qu'il serait plus commode.

Cette coexistence explique pourquoi parler de « calendrier traditionnel » peut être trompeur. Le mot suggère souvent un système remplacé, conservé pour mémoire. Ici, deux temps continuent de fonctionner ensemble. L'un permet de prendre l'avion jusqu'à Kumasi. L'autre dit pour quelle rencontre on y arrive.

La modernité n'a pas vaincu le cycle.

Elle lui a construit une page web.

Même les historiens se sont perdus dans ces jours

Au XIXe siècle, les voyageurs, missionnaires et administrateurs européens ont souvent daté les décisions asante avec leur propre calendrier, puis interprété comme des retards ou des hésitations ce qui obéissait à d'autres priorités temporelles.

L'historien T. C. McCaskie a montré combien cette traduction pouvait déformer les événements. Une armée, une ambassade ou une décision royale ne se déplaçait pas dans un temps neutre. Certains jours autorisaient l'action ; d'autres imposaient l'attente. Les obligations de la cour, les rites et les interdits pesaient sur la chronologie politique.

Dire qu'un souverain « n'a rien fait pendant trois jours » ne signifie donc rien si l'on ignore quels jours il traversait.

Le calendrier était une institution. Il ordonnait le rapport à la terre, aux morts, à la chefferie et aux personnes nées sous chaque jour. Celui qui ne voyait qu'une suite de cases vides prenait une règle pour de l'indécision.

La méprise demeure possible aujourd'hui. Une cérémonie annoncée toutes les six semaines ressemble à un festival périodique. Mais sa périodicité n'est pas une commodité d'organisation. Elle est la substance même du rendez-vous.

Sans le bon jour, on peut réunir les mêmes personnes, sortir les mêmes tissus et battre les mêmes tambours.

Ce ne sera pas l'Akwasidae.

Tous les Akan ne tournent pas exactement la même roue

Le calendrier ne doit pas être figé dans une version unique.

Les sociétés akan occupent plusieurs régions du Ghana et de Côte d'Ivoire. Les noms, les interdits, les jours de marché et certains usages rituels varient d'un territoire à l'autre. L'étude classique de Philip F. W. Bartle portait notamment sur les Kwawu ; les travaux sur l'Asante royal décrivent Kumasi et sa propre tradition de cour.

Le mécanisme commun de l'adaduanan n'efface pas ces différences.

Il faut également se méfier des généalogies trop parfaites qui attribuent la semaine de six jours à un peuple, celle de sept jours à un autre, puis datent exactement leur fusion. Les chercheurs ont proposé que le calendrier conserve la trace de rencontres anciennes entre traditions guan, akan et réseaux venus du nord. L'hypothèse est forte, mais l'histoire précise de cet assemblage reste discutée.

Ce que l'on peut observer est déjà remarquable : au lieu de remplacer un rythme par l'autre, le calendrier les a fait marcher ensemble.

Il a transformé leur décalage en rendez-vous.

Alors, un dimanche peut-il revenir tous les quarante-deux jours ?

Oui, à condition de demander de quel dimanche on parle.

Le jour nommé dimanche revient après sept jours. L'Akwasidae, lui, ne revient que lorsque le dimanche rejoint à nouveau sa position correspondante dans la semaine de six jours. Il faut six dimanches, ou sept petites semaines : quarante-deux jours.

Et pourquoi continue-t-on d'appeler son cycle « quarante jours » ? Parce qu'un mois rituel n'est pas seulement un résultat de multiplication. Ses jours de fermeture et d'ouverture peuvent se partager ; son nom ancien demeure ; les manières de compter ne découpent pas toutes le seuil au même endroit.

Le mystère n'est pourtant pas dans ces deux jours d'écart.

Il est dans ce qui se produit lorsque la combinaison revient.

Une porte s'ouvre sans livrer toute la pièce. Des sièges cessent d'être du mobilier. Le souverain redevient l'héritier des morts avant de recevoir les vivants. Une mauvaise nouvelle attend, car la mort récente n'a pas le droit d'interrompre la présence des ancêtres accomplis.

Puis les tambours parlent dans la cour.

Quarante-deux jours plus tard, le calendrier moderne dira qu'une date nouvelle est arrivée.

Pour les ancêtres, ce sera le même dimanche qui revient.

Comment y participer ?

Pas besoin de nous déguiser en dignitaires Asante : il faut paraître élégants, modestes et intentionnellement bien habillés. Pour un homme, je choisirais :

  • une chemise légère en lin ou coton, à manches longues ;
  • un pantalon habillé clair ;
  • des chaussures fermées ou de belles sandales en cuir ;
  • éventuellement un batakari ou un tissu kente porté traditionnellement, mais seulement si quelqu’un sur place nous aide à le draper correctement.

Pour une femme : robe longue ou ensemble traditionnel, épaules couvertes et longueur sous le genou ; un ensemble ghanéen kaba and slit serait parfait.

Privilégions les couleurs lumineuses — crème, or, vert, bleu ou motifs colorés. J’éviterais le noir intégral, le brun et surtout l’association rouge-noir, souvent liée au deuil, sauf consigne particulière du palais. La tenue peut d’ailleurs varier lorsqu’Asanteman traverse une période de deuil, comme ce fut le cas lors d’un Akwasidae de 2025. > Le palais le montre dans son compte rendu officiel.

À laisser à l’hôtel : short, débardeur, tenue de sport, tongs et casquette. On retire son couvre-chef en entrant dans l’espace du durbar. Pour les photos, on suit les indications, on demande avant les portraits rapprochés et on ne cherche jamais à franchir une limite pour obtenir un meilleur angle. Guide pratique récent.

Mon choix personnel : pantalon ivoire, chemise blanche ou ocre et beau batakari ghanéen. Suffisamment digne pour entrer à Manhyia, sans risquer de nous attribuer une fonction que nous n’avons pas. Et arrivée vers 8 h 30–9 h, avant que la cour ne se remplisse. :)


Repères documentaires

  • Philip F. W. Bartle, « Forty Days: The Akan Calendar », Africa, vol. 48, no 1, 1978, p. 80-84 — articulation des semaines de six et sept jours, cycle de 42 jours, dabɔne et variations entre sociétés akan.
  • T. C. McCaskie, « Time and the Calendar in Nineteenth-Century Asante: An Exploratory Essay », History in Africa, vol. 7, 1980, p. 179-200 — effets du calendrier rituel sur la chronologie politique asante et difficultés des sources européennes à les reconnaître.
  • Shunichi Akutsu, « The Akan Calendar », dans The Use and Abuse of Time in Africa, Senri Ethnological Studies 31, 1992 — vocabulaire de l'adaduanan, combinaisons des jours, Adae et prescriptions attachées aux jours sacrés.
  • Joseph Teye Ignatius Buertey et Len D. Hansen, « Keeping Time: Prayers and Social Vitality in the Ashanti Adaɛ Festival », Journal of African Cultural Studies, vol. 36, no 4, 2024, p. 469-483 — enquête contemporaine à Manhyia sur la prière, les ancêtres et la coexistence de deux régimes de temps.
  • R. S. Rattray, *Ashanti*, Oxford, Clarendon Press, 1923 — description historique des rites Adae, de la maison des sièges et des interdits ; source coloniale à lire avec les réserves nécessaires.
  • Manhyia Palace, site officiel de la cour de l'Asantehene — calendrier contemporain et annonces des célébrations publiques d'Akwasidae et d'Awukudae.