DICE Africa, pour « Digital Innovation in Circular Economy », est un projet régional qui cherche à renforcer les petites et moyennes entreprises de l’économie circulaire grâce aux outils numériques. Il intervient au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Nigeria.
Le projet est mis en œuvre par le Nigeria Climate Innovation Center et soutenu par le Centre de recherches pour le développement international du Canada, le CRDI. La fiche du bailleur indique un financement total de 998 600 dollars canadiens, une durée de 36 mois et un statut actif.
Le problème auquel répond DICE Africa
L’économie circulaire vise à conserver les produits et les matières en usage le plus longtemps possible grâce au partage, à la réparation, au réemploi, à la remise à neuf ou au recyclage. Pour les entreprises, cette approche peut réduire les pertes, créer de nouvelles activités et limiter la consommation de ressources.
De nombreuses PME ouest-africaines engagées dans ce secteur rencontrent néanmoins plusieurs obstacles :
- des processus encore peu numérisés ;
- une visibilité limitée sur leurs marchés et leurs chaînes d’approvisionnement ;
- des difficultés pour mesurer leurs effets environnementaux ;
- un accès complexe aux financements climatiques ;
- un manque d’outils et de données pour changer d’échelle ;
- des inégalités qui limitent la participation des femmes et des jeunes.
Le projet part de l’idée que la technologie peut aider ces entreprises à mieux utiliser les ressources, suivre leurs opérations, accéder à de nouveaux clients et présenter des informations plus solides aux financeurs.
La solution proposée
DICE Africa ne présente pas un outil numérique unique. Il combine recherche, accompagnement des entreprises et production de ressources adaptées aux clusters de PME.
Les activités annoncées comprennent :
- le développement de plateformes numériques adaptées ;
- la création de boîtes à outils et de publications pratiques ;
- des programmes de formation et de renforcement des capacités ;
- l’amélioration des processus de gestion des entreprises ;
- la mise en relation avec des connaissances, réseaux et instruments de financement climatique ;
- la production de notes d’orientation pour les acteurs publics et économiques.
L’équipe doit également employer des méthodes quantitatives et qualitatives afin d’étudier l’effet des innovations numériques sur le développement des entreprises circulaires.
Une implantation dans quatre pays
Le projet est déployé au Nigeria, au Ghana, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Cette combinaison permet de travailler dans plusieurs environnements économiques et linguistiques d’Afrique de l’Ouest.
Au Sénégal, le projet met en avant une transformation numérique inclusive au service de l’entrepreneuriat circulaire. En Côte d’Ivoire, l’objectif affiché est de renforcer des clusters de PME avec des solutions numériques durables et résilientes.
Pour Afriq.net, ces deux composantes francophones sont particulièrement intéressantes : elles permettront d’observer comment des ressources conçues à l’échelle régionale sont adaptées aux pratiques, langues et besoins locaux.
Les résultats attendus
Le CRDI et DICE Africa associent le projet à plusieurs changements recherchés :
- une meilleure capacité des PME à se développer ;
- un accès accru au financement climatique ;
- une utilisation plus efficace des matières et des ressources ;
- une réduction des déchets et de la pollution ;
- la création d’emplois dans l’économie verte ;
- une participation et un pouvoir d’action renforcés pour les femmes.
Ces objectifs fournissent une grille utile pour suivre le projet. Un futur bilan devrait toutefois préciser les indicateurs utilisés : nombre d’entreprises accompagnées, taux d’adoption des outils, financements obtenus, emplois créés, ressources économisées ou part des entreprises dirigées par des femmes.
Ce qui rend l’approche intéressante
La transformation numérique est souvent présentée comme une fin en soi. DICE Africa la relie au fonctionnement concret des entreprises : gestion des flux, efficacité des chaînes d’approvisionnement, accès au marché, suivi de l’impact et préparation au financement.
L’approche par clusters peut également faciliter le partage d’outils entre plusieurs PME confrontées aux mêmes difficultés. Une petite entreprise ne peut pas toujours financer seule une plateforme, une expertise environnementale ou un dispositif de collecte de données. La mutualisation peut réduire ce coût et favoriser l’apprentissage collectif.
Enfin, le projet associe accompagnement et recherche. Cette dimension est importante : elle doit permettre de documenter ce qui fonctionne réellement au lieu de considérer toute adoption technologique comme automatiquement positive.
Points à surveiller
Plusieurs questions permettront d’évaluer la mise en œuvre au fil du temps :
- Les outils proposés seront-ils accessibles aux petites entreprises disposant d’une connexion ou d’équipements limités ?
- Les plateformes répondront-elles à des besoins exprimés par les PME plutôt qu’à une logique descendante ?
- Les coûts d’utilisation resteront-ils soutenables après la fin du financement ?
- Les entreprises pourront-elles protéger leurs données commerciales ?
- Les femmes entrepreneures participeront-elles à la conception et aux décisions, au-delà d’un simple objectif de représentation ?
- Les gains environnementaux seront-ils mesurés avec des indicateurs vérifiables ?
Ces points ne constituent pas des critiques du projet : ce sont les conditions permettant de juger si une expérimentation régionale produit des solutions durables et reproductibles.
Ce que d’autres écosystèmes peuvent en retenir
Une structure d’accompagnement souhaitant s’inspirer de DICE Africa peut commencer par cartographier les PME circulaires de son territoire et identifier un problème commun très concret : suivi des matières, ventes, collecte, logistique ou accès aux financeurs.
Elle peut ensuite tester un outil simple avec un petit groupe, documenter les usages et mesurer les résultats avant de développer une plateforme plus ambitieuse. L’accompagnement humain, la formation et la gouvernance des données doivent être prévus dès le départ.
La principale leçon provisoire de DICE Africa est méthodologique : relier la technologie à un besoin opérationnel, l’accompagnement à des preuves, et la croissance des entreprises à des objectifs environnementaux et sociaux explicites.
Suivre l’initiative
Le site de DICE Africa publie des informations sur le projet, ses pays d’intervention, ses partenaires et ses actualités. Le CRDI fournit de son côté la fiche de financement du projet numéro 110649, son statut, sa durée et ses résultats attendus.
La fiche Afriq.net devra être actualisée lorsque les premiers résultats chiffrés, outils publics ou rapports d’évaluation seront disponibles.